par Ines Mercier30 juin 2026
Le match où un génie a triché… avant de rappeler qu'il savait aussi marcher sur l'eau
Un quart de finale de Coupe du monde. Deux buts entrés dans la légende. L'un aurait mérité un carton jaune et une bonne paire de lunettes pour l'arbitre. L'autre aurait sa place dans un musée. En quatre minutes, Diego Maradona a réussi l'exploit de devenir à la fois le plus grand filou et le plus grand artiste que le football ait jamais connu.
Football
Il existe des matchs qui racontent une compétition. Argentine – Angleterre, le 22 juin 1986 au stade Azteca de Mexico, raconte bien davantage. Il parle de football, évidemment, mais aussi de politique, d'orgueil national, de revanche symbolique et d'un joueur capable de faire passer l'humanité entière par toutes les émotions en l'espace de quelques foulées.
Quatre ans plus tôt, en 1982, l'Argentine et le Royaume-Uni se sont affrontés lors de la guerre des Malouines. Le conflit est court, meurtrier et se termine par une victoire britannique. Lorsque le tirage de la Coupe du monde offre ce quart de finale entre les deux nations, personne ne parle officiellement de revanche. Officieusement, c'est une autre histoire. La tension est palpable bien avant le coup d'envoi.
Et au milieu de cette atmosphère électrique se trouve Diego Armando Maradona.
À 25 ans, le capitaine argentin est déjà considéré comme l'un des meilleurs joueurs du monde. Petit par la taille, immense par le talent, il possède cette qualité rarissime : donner l'impression que le ballon est attaché à son pied par un fil invisible. Pendant que les défenseurs cherchent encore comment l'arrêter, lui semble déjà réfléchir à la célébration.
La première période est fermée. Les Anglais défendent sérieusement. Les Argentins monopolisent davantage le ballon sans parvenir à faire sauter le verrou. Les gardiens passent presque une après-midi paisible. Une tranquillité qui ne survivra pas longtemps au retour des vestiaires.
À la 51ᵉ minute, Jorge Valdano lance Maradona. Le ballon rebondit dans la surface après une intervention anglaise. Peter Shilton, immense gardien d'1,85 m, sort pour capter le ballon. Maradona, qui lui rend près de vingt centimètres, saute également.
Sur le papier, le duel paraît aussi équilibré qu'un concours de dunk entre un enfant de primaire et un joueur de NBA.
Pourtant, le ballon termine au fond des filets.
Maradona l'a touché du poing gauche.
L'arbitre tunisien Ali Bennaceur ne voit rien. Son assistant non plus. Le but est accordé.
Les Anglais protestent avec une énergie parfaitement compréhensible. Les Argentins célèbrent avec un enthousiasme tout aussi compréhensible. Les ralentis, eux, deviennent immédiatement immortels.
Quelques jours plus tard, Maradona qualifiera ce geste de « un peu avec la tête de Maradona, un peu avec la main de Dieu ».
Autrement dit, quand on n'a pas le droit de toucher le ballon avec la main, autant demander une dérogation directement au ciel.
Ce but reste encore aujourd'hui l'un des plus célèbres de toute l'histoire du sport. Il est aussi l'un des plus discutés. Certains y voient une tricherie inacceptable. D'autres un coup de malice presque romantique, né dans une époque où ni la VAR ni cinquante ralentis ne venaient disséquer chaque centimètre carré du terrain. Une chose est certaine : si cette action se produisait aujourd'hui, la célébration durerait moins longtemps qu'un tutoriel pour brancher une télévision.
Et puis arrive la 55ᵉ minute.
Quatre minutes seulement après avoir inscrit le but le plus polémique de sa carrière, Maradona décide de rappeler qu'il n'avait absolument pas besoin de tricher pour humilier une défense.
Il récupère le ballon dans son propre camp.
Puis il accélère.
Peter Beardsley est éliminé.
Peter Reid court derrière lui avec la même efficacité qu'un chariot de supermarché sur une piste d'athlétisme.
Terry Butcher tente sa chance une première fois.
Terry Fenwick également.
Rien n'y fait.
Maradona continue sa course, entre dans la surface, contourne Peter Shilton et marque du pied gauche.
En une dizaine de secondes, il a parcouru plus de cinquante mètres en éliminant cinq joueurs anglais avant de tromper le gardien.
Ce but sera plus tard élu « But du siècle » par la FIFA.
Et, pour une fois, personne ne trouvera le titre exagéré.
Car il résume parfaitement ce qu'était Maradona : un mélange d'improvisation, d'équilibre impossible, de vitesse, de technique et d'insolence. Chaque défenseur semble savoir ce qu'il va faire. Aucun ne parvient pourtant à l'empêcher de le faire.
Gary Lineker réduit bien le score à la 81ᵉ minute d'une tête impeccable, relançant un suspense qui aurait volontiers pu se passer d'une rallonge. Les dernières minutes sont étouffantes. L'Angleterre pousse, mais l'Argentine résiste.
Victoire 2-1.
Direction les demi-finales.
Quelques jours plus tard, l'Argentine élimine la Belgique avant de battre la République fédérale d'Allemagne 3-2 en finale. Maradona soulève la Coupe du monde et signe l'un des plus grands tournois individuels de l'histoire.
Pour beaucoup d'observateurs, personne n'a jamais autant dominé une Coupe du monde qu'il ne l'a fait au Mexique en 1986.
C'est là tout le paradoxe de ce quart de finale.
Le même joueur offre au monde l'un des buts les plus contestables de tous les temps… puis l'un des plus extraordinaires jamais inscrits.
Comme si un peintre décidait de renverser son pot de peinture sur une toile avant de réaliser, dans la minute suivante, un chef-d'œuvre destiné au Louvre.
Quarante ans plus tard, les débats continuent. Faut-il retenir la main ou le slalom ? La tricherie ou le génie ? La réponse est probablement les deux. Vouloir raconter Maradona sans évoquer ses contradictions reviendrait à raconter le football sans parler des émotions.
Argentine – Angleterre 1986 n'est donc pas seulement un immense match de Coupe du monde.
C'est une démonstration presque philosophique que les héros du sport sont rarement parfaits. Ils sont brillants, excessifs, parfois agaçants, souvent fascinants. Maradona concentrait tout cela dans son pied gauche… et, manifestement, de temps en temps aussi dans sa main gauche.
Finalement, rares sont les joueurs capables de faire enrager une moitié de la planète avec un but, puis d'obliger cette même planète à applaudir quatre minutes plus tard. Diego Maradona l'a fait. Et c'est précisément pour cela que, près de quarante ans après, on continue de parler de ce match comme d'un chef-d'œuvre… avec une petite empreinte de doigt dessus.
Quatre ans plus tôt, en 1982, l'Argentine et le Royaume-Uni se sont affrontés lors de la guerre des Malouines. Le conflit est court, meurtrier et se termine par une victoire britannique. Lorsque le tirage de la Coupe du monde offre ce quart de finale entre les deux nations, personne ne parle officiellement de revanche. Officieusement, c'est une autre histoire. La tension est palpable bien avant le coup d'envoi.
Et au milieu de cette atmosphère électrique se trouve Diego Armando Maradona.
À 25 ans, le capitaine argentin est déjà considéré comme l'un des meilleurs joueurs du monde. Petit par la taille, immense par le talent, il possède cette qualité rarissime : donner l'impression que le ballon est attaché à son pied par un fil invisible. Pendant que les défenseurs cherchent encore comment l'arrêter, lui semble déjà réfléchir à la célébration.
La première période est fermée. Les Anglais défendent sérieusement. Les Argentins monopolisent davantage le ballon sans parvenir à faire sauter le verrou. Les gardiens passent presque une après-midi paisible. Une tranquillité qui ne survivra pas longtemps au retour des vestiaires.
À la 51ᵉ minute, Jorge Valdano lance Maradona. Le ballon rebondit dans la surface après une intervention anglaise. Peter Shilton, immense gardien d'1,85 m, sort pour capter le ballon. Maradona, qui lui rend près de vingt centimètres, saute également.
Sur le papier, le duel paraît aussi équilibré qu'un concours de dunk entre un enfant de primaire et un joueur de NBA.
Pourtant, le ballon termine au fond des filets.
Maradona l'a touché du poing gauche.
L'arbitre tunisien Ali Bennaceur ne voit rien. Son assistant non plus. Le but est accordé.
Les Anglais protestent avec une énergie parfaitement compréhensible. Les Argentins célèbrent avec un enthousiasme tout aussi compréhensible. Les ralentis, eux, deviennent immédiatement immortels.
Quelques jours plus tard, Maradona qualifiera ce geste de « un peu avec la tête de Maradona, un peu avec la main de Dieu ».
Autrement dit, quand on n'a pas le droit de toucher le ballon avec la main, autant demander une dérogation directement au ciel.
Ce but reste encore aujourd'hui l'un des plus célèbres de toute l'histoire du sport. Il est aussi l'un des plus discutés. Certains y voient une tricherie inacceptable. D'autres un coup de malice presque romantique, né dans une époque où ni la VAR ni cinquante ralentis ne venaient disséquer chaque centimètre carré du terrain. Une chose est certaine : si cette action se produisait aujourd'hui, la célébration durerait moins longtemps qu'un tutoriel pour brancher une télévision.
Et puis arrive la 55ᵉ minute.
Quatre minutes seulement après avoir inscrit le but le plus polémique de sa carrière, Maradona décide de rappeler qu'il n'avait absolument pas besoin de tricher pour humilier une défense.
Il récupère le ballon dans son propre camp.
Puis il accélère.
Peter Beardsley est éliminé.
Peter Reid court derrière lui avec la même efficacité qu'un chariot de supermarché sur une piste d'athlétisme.
Terry Butcher tente sa chance une première fois.
Terry Fenwick également.
Rien n'y fait.
Maradona continue sa course, entre dans la surface, contourne Peter Shilton et marque du pied gauche.
En une dizaine de secondes, il a parcouru plus de cinquante mètres en éliminant cinq joueurs anglais avant de tromper le gardien.
Ce but sera plus tard élu « But du siècle » par la FIFA.
Et, pour une fois, personne ne trouvera le titre exagéré.
Car il résume parfaitement ce qu'était Maradona : un mélange d'improvisation, d'équilibre impossible, de vitesse, de technique et d'insolence. Chaque défenseur semble savoir ce qu'il va faire. Aucun ne parvient pourtant à l'empêcher de le faire.
Gary Lineker réduit bien le score à la 81ᵉ minute d'une tête impeccable, relançant un suspense qui aurait volontiers pu se passer d'une rallonge. Les dernières minutes sont étouffantes. L'Angleterre pousse, mais l'Argentine résiste.
Victoire 2-1.
Direction les demi-finales.
Quelques jours plus tard, l'Argentine élimine la Belgique avant de battre la République fédérale d'Allemagne 3-2 en finale. Maradona soulève la Coupe du monde et signe l'un des plus grands tournois individuels de l'histoire.
Pour beaucoup d'observateurs, personne n'a jamais autant dominé une Coupe du monde qu'il ne l'a fait au Mexique en 1986.
C'est là tout le paradoxe de ce quart de finale.
Le même joueur offre au monde l'un des buts les plus contestables de tous les temps… puis l'un des plus extraordinaires jamais inscrits.
Comme si un peintre décidait de renverser son pot de peinture sur une toile avant de réaliser, dans la minute suivante, un chef-d'œuvre destiné au Louvre.
Quarante ans plus tard, les débats continuent. Faut-il retenir la main ou le slalom ? La tricherie ou le génie ? La réponse est probablement les deux. Vouloir raconter Maradona sans évoquer ses contradictions reviendrait à raconter le football sans parler des émotions.
Argentine – Angleterre 1986 n'est donc pas seulement un immense match de Coupe du monde.
C'est une démonstration presque philosophique que les héros du sport sont rarement parfaits. Ils sont brillants, excessifs, parfois agaçants, souvent fascinants. Maradona concentrait tout cela dans son pied gauche… et, manifestement, de temps en temps aussi dans sa main gauche.
Finalement, rares sont les joueurs capables de faire enrager une moitié de la planète avec un but, puis d'obliger cette même planète à applaudir quatre minutes plus tard. Diego Maradona l'a fait. Et c'est précisément pour cela que, près de quarante ans après, on continue de parler de ce match comme d'un chef-d'œuvre… avec une petite empreinte de doigt dessus.
